Pochtrons ? SDF ? Miséreux ? (3)

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La déchéance, point de non-retour

 

Impôts locaux 1Taxe d'habitation 2010.

Qu'on nomme "impôts locaux" puisqu'ils englobent plusieurs taxes, une façon comme une autre de "niquer" les gens. (Mais bon, les impôts c'est indispensable dès lors qu'ils restent raisonnables)

N'ayant pas la télé je ne suis pas assujetti à la redevance de 121 Euros mais je reste informé via Internet et les journaux sans les "PUB" ni les débilités télévisuelles qui abetifient un peuple. 

C'est aussi la raison pour laquelle l'Etat voudrait bien créer une taxe sur Internet, histoire de récupérer encore un peu plus sur le dos de ceux qui peuvent de moins en moins, sauf à considérer qu'Internet est du luxe.

Je me demande d'ailleurs où passe tout cet argent que l'Etat nous rackette depuis des années; puisque plus on paye plus le pays s'enfonce, il doit y avoir une grosse fuite qu'il ne sera pas difficile de trouver quand la gouvernance aura changé de camp. (C'est à dire autre que UMP, UDI, PRG ou PS qui travaillent la main dans la main pour laminer le peuple servile)

 

2014-12-08-Impo-ts-locaux-2014-Aurore-1.jpegTaxe d'habitation 2014 d'une de mes filles.

Comprenant la taxe sur l'audiovisuel de 133 Euros, soit 10 % d'augmentation sur 4 ans.

La taxe d'habitation, qui ne dépend que de la volonté communale, a augmentée sérieusement considérant sa situation par rapport à la mienne et le logement qu'elle occupe par rapport au triplex de 120 m2 où je demeurais en 2010, considérant aussi que la taxe de ramassage des ordures ménagères, qui a été extirpée de la taxe d'habitation il y a un peu plus de dix ans, a augmenté de 17 % en 4 ans pour des prestations moindres puisque l'habitant est mis à contribution pour le tri qu'il faut aussi payer.

On paye donc des emballages, souvent excessifs, qu'on nous impose, on paye pour les collecter et on paye aussi pour les recycler.

Ce qui fait qu'une part non négligeable appliquée au prix des denrées est dépensée sans en avoir le bénéfice puisqu'on ne garde pas ce qu'on paye et qu'on paye pour ne pas le garder.

Considérant, à Briançon, une population de 4500 foyers fiscaux, la taxe d'habitation rapporterait donc à la ville la somme approximative de 2 500 000 Euros. (Ce ne sont que des manipulations personnelles de chiffres qui n'ont qu'une valeur indicative, c'est très probablement autre chose mais je ne suis pas formé en ce sens et ne dispose d'aucun document) 

Si ce n'est pas une manne importante c'est tout de même excessif eut regard des résultats attendus puisqu'on est très loin d'avoir des dépenses de fonctionnement annuelles, puisées dans ce cas de figure.

La-dessus viennent s'ajouter les taxes professionnelles qui n'ont que changé de dénomination pour cacher la merde au chat ainsi que donner l'occasion à l'Etat de faire croire à un geste, en effet il y a un geste mais pas dans le bon sens puisque les professionnels payent encore plus qu'avant.

Je ne vais pas faire une page politique sur ce sujet puisque les concernés connaissent mais c'est une entrée en matière pour cette dernière phase de ces pages sur la précarité et ce qui en découle.

 

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L'envers du décor.

J'entends souvent des gens dire qu'à Briançon il y a une majorité de gens aisés, je ne sais d'où vient cette fable mais s'il y a effectivement des habitants qui sont plutôt confortables dans leurs revenus (La majorité des personnes âgées qui bénéficient paradoxalement de réductions diverses, comme si l'âge était un facteur de calcul sur les dépenses et les recettes) il y a une bonne partie de la population qui tire la langue toutes les fins de mois.

Je constate ça tous les jours, ne serait-ce qu'aux contacts des enfants de ces familles défavorisées (Transports scolaires), beaucoup de ces enfants sont vêtus de façon modeste, trop modeste et avec du pas cher, donc de la merde qu'on leur vend à prix excessif pour la qualité puisqu'ils n'ont pas le choix, c'est aussi une préoccupation socialiste qui s'empresse d'ailleurs de majorer les impôts de ceux qui ne peuvent pas payer dans les temps, être puni d'être pauvre c'est très lucratif pour l'Etat et les collectivités locales.

Le bassin d'emplois briançonnais est dépourvu d'avenir, c'était déjà dans certaines de mes pages, et ce n'est pas en construisant à tour de bras des logements, sociaux ou pas, qu'on rendra les locataires ou potentiels acquérants plus riches.

Je connais quelques personnes, à Briançon, qui ont basculé dans la précarité, pas encore à la rue mais ça va venir après le 15 mars 2015, fin de la trêve hivernale et début de la curée pour quelques cabinets d'Huissiers de Justice, curée pas toujours justifiée.

Ce qui nous ramène à ma page précédente sur le sujet.

 

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Passage presque obligatoire.

Dans les années 1998/2000 j'ai été bénévole, à Briançon, de cet organisme salvateur pour beaucoup de gens en difficulté, j'ai vu des choses pathétiques mais aussi certains abus qui m'ont dégouté du bénévolat. 

Même dans les pires circonstances certains se gobergent sans scrupule sur le dos des miséreux, lamentable.

Lorsque les services sociaux ont effectué leurs incontournables obligations inutiles et après avoir épuisé toutes les procédures obligatoires pour délivrer l'attestation de précarité définitive, la sortie du système social ouvre la porte à l'assistanat de dernier recours, celui qu'on nomme pudiquement RSA (Revenu de solidarité active (Oh combien)) et qui assure un semblant d'appartenance à la société.

Ce qui nous amène à la fin de ma précédente page sur le sujet.

Ce revenu, dispensé en principe à ceux qui n'ont plus rien (J'en connais qui le perçoivent tout en ayant d'autres revenus, mais c'est une autre histoire et ce n'est pas à Briançon) permet tout juste de ne pas crever de faim, plus question de payer un loyer ni de pouvoir être encore présentable. (J'exclus de cette liste ceux qui bénéficient, très nombreux, des générosités d'Etat, mais c'est une autre histoire qui m'amènerait à rentrer dans le contexte politique pur et dur)

 

fermeture-abris-sous-le-pont-joffre-clochard-sdf-quai-bareLa période "solide" est terminée.

Place à la phase suivante, la période de déchéance, celle sur laquelle l'intéressé glisse sans même le réaliser.

Les excès de boisson ayant leurs conséquences, la force et la résistance physique se dégradent très rapidement, la lutte de la rue devient inégale et il faut céder la place aux nouveaux venus plus jeunes et encore robustes, ceux qui font ma page précédente.

Dans ce milieu de la débine il n'y a qu'une loi, celle du plus fort, les scrupules n'existent plus, l'humanité non plus, il devient indispensable de survivre en étant plus pourri que l'autre, c'est la loi de la jungle.

Les violences et vols entre SDF sont courants, il est fréquent de retrouver de ces "épaves", mortes de n'avoir pas pu résister aux attaques, c'est un monde sans pitié que très peu connaissent mais qui existe bel et bien, les médias n'en parlent pas et les autorités le cachent pour ne pas venir en rajouter une couche sur leur incapacité à assumer ces dérives.

La pauvreté se dissimule et ce ne sont pas les pays les moins évolués qui ont le plus de ces oubliés de la société, ce serait même le contraire puisque plus on veut paraitre et moins on partage.

Cet homme, sur la photo, n'a pas quarante ans (Je l'ai étudié de près) mais en parait soixante, un physique devenu indéfinissable, une attitude qui ne trompe pas, l'alcool est passé par là, le corps ne suis plus, il traine derrière l'habitude.

C'est le point de non-retour, la frontière entre ce qui est encore possible et ce qui est devenu irrémédiable.

 

121221095647413037Des repas liquides.

Posé là où l'inconscient l'a amené, l'individu ne se soucis plus de son état d'humain, il est devenu le complément de sa bouteille qui est aussi son seul recours.

La société passe mais ne le voit plus, il fait partie du mobilier urbain, même les balayeurs évitent de nettoyer autour.

Certains les appellent des déchets humains, c'est en effet ce à quoi ils ressemblent sauf que les déchets on les ramasse, on les recycle ou on les élimine, ces humains là, du moins ce qu'il en reste, on ne les regarde même plus, on change de trottoir, éventuellement on jette une pièce pas trop près pour éviter la contamination, sans un mot, sans un regard, on ne les détruit pas, on les laisse se détruire tout seul. (Ce n'est pas une généralité, c'est juste une très grande majorité mais on ne peut fustiger ce réflexe)

L'être devient repoussant, il ne peut se laver, si toutefois il en a encore envie, il ne demande même plus l'aumône, il a passé ce stade.

Il existe heureusement des organisation locales qui se chargent de les nourrir un peu, d'essayer de leur parler, de les reconnecter au monde, souvent inutilement, on les appelle les "Maraudes" parce qu'elles vont là où personne d'autre ne va, les oubliés de la société font comme les animaux malades ou en fin de vie, ils se cachent pour mourir mais tout doucement, certains atteignent la soixantaine, rares.

 

sdf-1024x680Mobilier urbain vivant.

Je me souviens, en 1978, il y avait, à l'entrée du périphérique, porte d'Orléans à Paris, un panneau publicitaire vivant, un homme qui posait dans un caisson publicitaire à dix mètres du sol.

Ça m'avait beaucoup frappé cet forme d'avilissement, un gars presque à poil posant pour une publicité, à respirer les gaz d'échappement du "périph" pendant des heures, je ne me rappelle plus du thème de la PUB mais je me rappelle la tristesse du gars.

Sur la photo, ce n'est pas de la tristesse, c'est de l'abandon, de la résignation.

C'est un SDF qui se pose là au matin, comme on sort une plante les jours de pluie, et qui s'en retourne sur sa couche, le soir, après avoir ramassé quelques pièces. Le temps des chansons dans le métro est dépassé, celui de l'argent facile aussi (Relativiser par "argent facile")

 

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Il regagne son "domicile".

Forme incertaine au milieu de chiffons divers étalés sur une "bouche" de métro d'où sort de l'air chaud, dans l'indifférence générale, sous la pluie, au froid, sans autre espoir que de se réveiller le lendemain pour une autre journée toute aussi misérable.

Survivre par habitude, par réflexe.

En 1966, j'étais pionnier aux scouts de France, nous étions quelques-uns, gamins de quinze ans, à visiter les SDF qui squattaient les ruines de maisons vouées à la démolition.

C'était à Ris-Orangis, la ville se transformait à une allure vertigineuse, de village de campagne elle devenait une ville de réfugiés (L'arrivée massive des pieds-noirs en 1963), ville champignon hautement bétonnée comme une bonne partie des banlieues parisiennes.

Bien entendu, la nationale 7 devait s'élargir, la plupart des commerces de proximité ont fermé et certains de leur propriétaires se sont retrouvés sans boulot, à un âge déjà trop avancé pour recommencer une nouvelle vie ils ont vivoté sur les indemnités versées mais vite dilapidées, le RSA n'existait pas.

On s'occupait donc de deux "clodos" réfugiés dans une de ces maisons pas encore rasées, notre local scout se trouvait d'ailleurs dans l'une d'elles, un médecin (Du moins ce qu'il disait être) suite à rupture familiale et qui est tombé dans la déchéance, et un ancien commerçant, tous les deux réduits à l'état de légumes, vivants dans cette pièce sans lumière ni chauffage.

Leur état sanitaire n'était pas reluisant mais nous faisions abstraction de ces détails, certains de nous-mêmes, originaires de milieux très modestes, nous nous accommodions facilement de la misère des autres.

Ils nous parlaient souvent, on leur amenait de la nourriture donnée par la supérette du "plateau de Ris" et des couvertures données par un déménageur de Draveil, on leur achetait des cigarettes avec notre argent de poche quand on en avait grâce aux petits boulots qu'on effectuait chez les particuliers. (Laver les voitures, les vitres, tondre les pelouses, etc.)

Je ne me souviens plus des sujets de conversation mais je me souviens très bien qu'ils avaient de l'instruction et envie de parler, rompre avec la monotonie.

A la même époque j'aidais aussi une famille tombée dans la débine, quand je dis j'aidais ce n'était que par l'apport de quelques nourritures données par la supérette pour laquelle je "travaillais" les jeudi et dimanche matin, jours de congés scolaires, quelques conserves, des fruits, et puis du bois pour leur poêle "Godin" hors d'âge.

Et puis d'autres occasions comme celles-là, au gré de mes déplacement et selon ce que je pouvais apporter, pas grand chose en fait, je n'étais pas payé et nous non plus on ne mangeait pas gras tous les jours à la maison, il arrivait même, parfois, qu'on aille prendre des poissons-chats dans la seine toute proche pour bouffer à la maison, on ramenait aussi des écrevisses, ou on allait arracher des patates chez un agriculteur du coin pour lequel il nous arrivait de ramasser ces tubercules, on gagnait 50 cm de francs par sac de vingt cinq kilos, à douze - quinze ans c'est lourd.

De 1962 à 1966 ce n'était pas joyeux tous les jours mais nous vivions au grand air et on n'était pas emmerdé comme le sont les gosses de maintenant avec ces multitudes de réglementations à la con qui leur pourrissent la vie, il m'est même arrivé de voler des légumes et des fruits sur des étals, au marché, mais il y a prescription depuis.

Alors la "pile", la "daube", la misère des autres, je connais et je sais de quoi je parle quand on aborde le sujet.

 

6368wf6ee19tofndyza0s9eka.1000x750x1Un toit comme un autre.

Pas tout à fait, ce genre de spectacle n'est pas rare, si la plupart des ponts de Paris n'abritent plus de clodos il reste beaucoup d'autres ponts qui en font office, pas d'impôts locaux ni de taxe de séjours, pour peu que leurs "habitants" restent tranquille personne ne vient les emmerder, pas même la police.

Et puis les tinettes sous la main, pas de papier mais bon, arrivé à un certain stade ça n'a plus d'importance, un peu trop d'air mais l'été c'est agréable à part les mouches et les moustiques quand ce ne sont pas les chiens errant qui viennent pisser ou caguer sur les fringues.

Et puis se déchausser est un bonheur, même si ça "fume" dur ça ne se sent pas sauf à y approcher trop près.

De temps en temps quelques connards en mal d'activité qui viennent les emmerder, souvent de futurs candidats aux mêmes conditions d'ailleurs.

Période "d'extase" et d'abandon total, ils ne sentent plus le froid mais supportent mal la chaleur, la crasse ce n'est pas l'idéal quand il fait 30°.

Dernière phase avant de tomber.

 

45044761Il ne reste qu'un ami.

Celui qui sera fidèle jusqu'au bout, savoir, des deux, lequel partira le premier.

Finalement, l'homme, du moins ce qu'il en reste, arrive au bout de sa course, il aura fait le tour de ce qu'il fut mais surtout en rêve de ce qu'il aurait voulu être.

Partir sans âge, partir sans bruit, partir sans rien, partir à poil comme on est venu, partir pour de bon, partir enfin pour redevenir comme tout le monde, la mort est le seul lieu ou tous les hommes retrouvent les mêmes droits, ceux qu'on leur a confisqué à leur naissance suivant qu'ils naissent riches ou pauvres, nantis ou rejetés, instruits ou crétins, la boue universelle nous emporte tous dans la même uniformité qui est finalement celle d'où l'on vient.

Redevenir enfant, vivre enfin, ne plus souffrir.

 

1401735_778616338867019_3439588697562512572_o.jpgQuand on ferme les yeux pour ne plus les rouvrir.

On arrête de fumer, on arrête de boire, on redevient enfant, on redevient innocent, on retrouve les copains, on vit à nouveau, autrement, ailleurs, on retrouve ce qu'on n'aurait jamais voulu quitter, l'innocence. Qui sait ! 

Si le regard des hommes était différent vis à vis des autres, peut-être qu'il y aurait moins de ces miséreux, peut-être que le monde serait meilleurs, on peut rêver, çà c'est encore gratuit.

Et puis qui sait, une vie miséreuse n'est pas forcément une erreur, c'est une expérience.

Dans quelques jours la gare routière Vauban à Briançon, à moins que les ST ne réalisent ce qui n'y va pas, qui sait.

 

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Publié dans Société

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