Mes boulots, La Perrotine, les ponts de paris et la merde sur roues.

Publié le par francois.ihuel15.over-blog.fr

 

Fric vite dépensé, puis la zone à Paris.

 

Mes boulots, La Perrotine, les ponts de paris et la merde sur roues.

Boyardville en 1978.

Photo du port face à la Perrotine.

Mon cadre de travail avec les touristes d'été, hors saison c'est nettement plus calme.

Fin Août. On sent que la saison se termine mais il reste la meilleure clientèle, celle du mois de Septembre, le patron me demande si je veux bien rester jusqu'au 20, pas de problème, Michel ne bosse plus il a trouvé un hébergement à Boyardville, ses parents sont repartis à Corbeil, étrangement il ne picole pas beaucoup, moi je turbine toujours pareil, vingt à trente demis de bière par jour mais je bosse comme un cinglé, les jeunes sont repartis à leur école, j'enquille les heures de travail sans compter mais le patron n'est pas chien à allonger la monnaie, un des rares qui sait reconnaitre le bon travail.

J'ai un pote pêcheur, il est sympa bien qu'un peu négligé mais vu ma dégaine de l'époque il n'a rien à m'envier. Il est célibataire, doit avoir sensiblement mon âge, il est plutôt refoulé, il ne sort pas avec des nénettes ni avec des mecs, en fait il est d'une grande timidité, il se branle en solitaire comme beaucoup de ces gars qui n'osent pas, des paumés de la quéquette.

Il possède un bateau de pêche et quand je suis de repos je l'accompagne en mer, du moins entre la côte et l'ile, autour du fort Boyard, et c'est à l'occasion d'une de ces sorties qu'on a découvert un mec flottant entre deux eaux, un jeune qui avait disparu depuis une quinzaine de jours et que les gendarmes n'avait pas retrouvé, un vacancier, beaucoup pensaient qu'il avait fugué.

C'est une drôle de pêche qu'on ramène au Château d'Oléron, mon pote voulait le charger à bord, j'ai refusé, il était méconnaissable le pauvre gars, et puis tout gonflé et violacé ça n'incite pas aux effusions, il y a bien dix jours qu'il était dans la flotte, il commençait salement à avoir des morceaux qui se détachaient, ça sentait grave la pourriture et la vase. On l'a trainé attaché au bateau, à toute petite vitesse, je le regardais onduler dans les remous du sillage en me disant que c'était un jeune plein de vie, pas mal d'après les photos diffusées localement, le voilà en putréfaction derrière une barcasse de pêcheur. 

Au port on a fait appeler les gendarmes par un autre pêcheur, ils sont venus rapidement, d'après le peu d'informations qu'on a eu plus tard il semblerait qu'il soit allé dans le fort avec d'autres gars et qu'il soit tombé d'en haut, même si c'est entouré d'eau ce n'est pas suffisant pour amortir les rochers, la marche est haute. Le gros problème qui se posait aux gendarmes c'est pourquoi les autres n'ont rien signalé, si toutefois ils l'avaient remarqué. Un de ces faits divers fréquents pendant les vacances. 

Toujours est-il que ça a animé les conversations du soir, en guise de pêche on n'a pratiquement rien ramené, mais moi, la pêche !

Comme les jeunes apprentis sont partis fin Août et que Michel s'est retrouvé sans logis dès le quinze - il s'est fait piquer la tente à Saint-Trojan - j'ai demandé au patron s'il pouvait dormir dans le dortoir, j'étais seul pour douze lits. Ce dernier a accepté, on a pu se faire des câlins crapuleux tous les jours avec Michel, la branlette c'est bien, à deux c'est mieux.

   

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Fermeture.

Le 20 Septembre je travaille ma dernière journée, la clientèle est clairsemée, ça revient plus cher de rester ouvert que ne rapportent les recettes, il ne reste qu'un pensionnaire et les autochtones ne viennent pas beaucoup, en dehors de l'heure d'apéro du midi on fait dix couverts, pas assez pour couvrir les frais de mise en place, gaz, électricité, frais de personnel et tout ce qui est afférent au fonctionnement, on ferme à dix neuf heures après les apéros du soir qui amènent les pêcheurs, le patron accepte de me laisser dormir à l'établissement avec Michel, bien que je lui ai dit que ce dernier était mon demi-frère il commence à se poser des questions, il nous a surpris deux fois en train baiser.

J'attends ma paye et mes papiers pour rentrer à Evry avec Michel, je suis allé chez un de mes potes pêcheur récupérer ma 204 qui n'a pas roulé depuis des semaines, plus de batterie mais ce n'est pas un problème, un coup de câble et ça repart, juste me garer en pente pour pouvoir démarrer si ça recommence, à ces époques il suffisait de la pousser pour faire partir une bagnole. 

Le 25 on attaque le nettoyage, le patron me demande si je suis d'accord, il me paye en liquide, au noir, pas de problème, puis il me dit que si ça m'intéresse il peut me ramener à Paris, il y est originaire et vient de se payer une Range Rover toute neuve. Il se la pète avec cette voiture exceptionnelle pour l'époque.

En fait ce n'est pas bête, on m'avait demandé, sur le port, si je vendais ma voiture, c'est l'occasion pour le faire, on me la prend un bon prix, il faut dire qu'elle est en bon état, si je suis négligé sur certaines choses j'attache une grande importance à l'état d'un véhicule. Le 30 le patron ferme la boutique, il charge sa femme et son gamin de sept ans, Michel et moi à l'arrière avec le môme et en route pour Paris.

Il m'a remis ma paye en liquidités et mes papiers, depuis j'ai perdu le bulletins de salaire mais j'ai retrouvé celui des congés payés, j'ai touché plus de 7500 balles pour sept semaines de boulot, pour un SMIG à 2700 Francs par mois c'est une très bonne paye pour l'époque d'autant qu'il y avait aussi les petits billets qui passaient de la main à la main, je ne regrette pas de les avoir mises dans la merde.

Par contre pas de déclaration URSAFF, encore des points de retraite qui passent à l'As.

   

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Rue de Charonne Octobre 1978.

Mon patron me laisse, en soirée, à la porte d'Italie avec Michel, on prend le bus pour aller gare de Lyon prendre un train pour Evry afin de retourner chez Rafik. Pourtant, je préfère rester à Paris pour aller à la banque à Pigalle le lendemain, je voudrai savoir où j'en suis de mon compte ouvert par La Jonquille du temps ou j'y bossais, il y a 160 000 Francs qui y dorment et qui ont dû faire des petits et puis je voudrais déposer de l'argent, me balader avec plus de 7000 balles en liquide ce n'est pas prudent.

Je prends donc une chambre d'hôtel rue de Charonne, un établissement merdique à bas prix avec les chiottes sur le palier et la fenêtre qui donne sur une cour sombre et puante, mais je m'en fous, je n'ai pas des gouts de luxe et puis pour roupiller je n'en ai rien à branler que ce ne soit pas avec vue sur la Tour Eiffel, qu'on ne voit d'ailleurs pas de ce quartier un peu vieillot. 

Avec Michel on se fait un petit restaurant pas trop cher, on va pour rentrer quand il me dit qu'il va aller à la gare Saint Lazare, à ces heures il va se faire du client de choix, ses petites manies qui le reprennent mais il fait ce qu'il veut, après tout on n'est pas mariés et puis il y a un moment qu'il n'a pas épongé un pigeon, juste que je lui dis de ne pas me réveiller en rentrant, s'il rentre.

Je vais me zoner pour être à Pigalle de bonne heure, il y a un moment que je n'y suis pas allé, je n'y connais plus grand monde, ça a changé à grande vitesse, La Jonquille est partie en Dordogne, à 50 ans passés elle s'est fait assez de fric, les dernières nouvelles remontent à 1976 par une lettre que j'ai encore aujourd'hui.

Je passe une mauvaise nuit dans cet hôtel crasseux, c'est miteux, ça pue, les chambres sont contigües et pas insonorisées, je me réveille dix fois, plus dans l'attente improbable de Michel que de l'inconfort. Ce dernier n'est pas rentré, il m'emmerde, il m'a laissé son sac qui m'encombre, déjà que j'ai les deux miens. 

Finalement à six heures trente je me barre, je dépose nos sacs en consigne à la gare de Lyon et je prends le métro pour la rue d'Assas, je serai curieux de savoir si Didier est toujours là, il a plus de trente ans maintenant, on s'est quitté sur une mauvaise impression et de ma faute en 1972, toujours mon caractère à la con, je regrette ce temps, je regrette surtout d'avoir été impulsif, secrètement je l'aime toujours. (Mon livre ADHOMO Tome I qui vient de sortir et ADHOMO Tome II à paraitre)

Il est tôt, trop tôt pour aller emmerder les gens chez eux et puis je me dis que les dernières nouvelles que j'ai eu de lui c'est par La Jonquille, ça remonte à 1974, il s'en passe des choses en quatre ans.

Arrivé sur place je vois un clavier-code à la porte, plus de concierge, l'évolution tue l'emploi, il n'est pas huit heures, j'hésite à sonner, son nom de famille figure sur le clavier (que je tairai pour des raisons évidentes) et puis j'appuie, on verra bien et puis je n'ai rien d'autre à foutre.

Rien, pas un mouvement, je sonne à nouveau, j'attends un moment prêt à repartir quand une fenêtre de l'appartement s'ouvre, j'ai du mal à définir le visage mais finalement je reconnais Frédéric, il ne me reconnait pas, il faut dire que la dernière fois que je l'ai vu c'est en 1972 quand je le déposais au tapin aux Batignoles alors que je gérais un petit bar qui cachait un clandé rue Fontaine, il était habillé gonzesse, ça lui allait très bien d'ailleurs, et puis j'ai beaucoup changé, je suis loin d'être nickel, je ne suis pas rasé ni lavé, mon aspect ressemble plus à un zonard qu'à un ancien "artiste" de boite.

Je lui dit quelques mots, lui demande si Didier habite toujours ici, à la voix il me reconnait et m'ouvre. Je monte, ça me fait tout drôle ce retour dans le passé, il me fait rentrer, il est en pyjama, je l'ai tiré du lit mais est content de me voir bien qu'il ne me fasse pas la bise comme avant, mon aspect, toujours. 

Il y a eut des transformations, le grand salon est divisé en deux, une cloison a été rajoutée pour y faire une autre chambre ce qui ne laisse plus que quarante mètres carrés, c'est meublé moderne et il n'y a plus la cheminé. Frédéric a vingt quatre ans maintenant, il ne tapine plus, il est un peu empâté, il est costaux, il sera comme son père, une baraque, il vit avec une fille qui dort à côté, ils ont une fille de deux ans mais ça ne semble pas le déranger que je sois là, il m'offre un café et je lui raconte un peu mes dernières années et ma galère, ça le fait sourire triste.

Didier est parti en province, il est en ménage avec un autre gars qui vit avec lui depuis trois ans, ils ont ouvert une boite, une discothèque homo près de Lyon, c'est ce qu'il voulait Didier, ses parents sont encore plus riches qu'avant, ils habitent toujours à Choisel en vallée de Chevreuse, Jean-Jacques est médecin du côté de Bercy, il est toujours avec sa copine, je lui dis de leurs passer mon bonjour et de leurs donner mon adresse à Evry.

Je n'insiste pas à questionner sur Didier ça me ferait trop mal, j'ai été con, si j'étais resté c'est moi qui serait avec lui, la vie en va autrement. Je lui demande encore de passer le bonjour à ses parents puis je repars, cette maison n'est plus la mienne, ça me rappelle trop de souvenirs. Ça me serre la poitrine mais j'ai Michel.

 

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J'arrive à Pigalle vers 9h00.

Avant d'aller à la banque, place de Clichy, je fais un tour jusqu'à Blanche, je vais boire un demi rue Lepic, le patron est toujours le même mais lui non plus ne me reconnait pas tout de suite, il a pris du carat et du bide, ça me fait tout drôle cet oubli, ma dégaine y est pour beaucoup, la picole et le tabac ça fait du dégât physique, d'autant que je ne suis pas clean, pas rasé pas lavé ça n'attire pas.

Je lui rafraichi la mémoire et il me remet, il me dit que La Jonquille est partie depuis plus de deux ans, ce que je sais mais je ne suis pas obligé de lui dire, Thierry s'est fait descendre chez lui l'an passé, on n'a jamais su qui l'avait butté, je ne l'aimais pas beaucoup mais ça fait drôle quand-même, il n'a jamais pu ouvrir sa boite. 

François est toujours au Moulin Rouge, il a pris du galon et a du fric, tant mieux mais à ces heures je doute pourvoir le trouver d'autant que je ne sais pas s'il crèche toujours dans son petit meublé, dommage, ça m'aurait plu de le revoir, mais d'un autre côté mon aspect dégradé le rebuterait peut-être, c'est aussi bien comme çà.

10h00, je file à la banque, je vais pouvoir débloquer de la thune et me trouver un petit appartement du côté de Belleville, ça me branche ce quartier et ça reste encore abordable en immobilier, avec les intérêts sur dix ans je dois pouvoir m'en sortir, trouver du boulot ne pose pas de problème à Paris.

Je vais au guichet, me présente, justifie de mon identité et demande à consulter mon compte qui doit être débloqué depuis plusieurs mois, La Jonquille l'a ouvert en Juillet 1967, ça fait plus de dix ans maintenant.

Je mets mes 7 000 Francs dessus et demande ce que je dois faire pour disposer de la totalité quand j'aurai trouvé à me loger sur Paris.

Il me dit que mon compte est toujours bloqué, à mon nom mais ouvert seulement depuis Avril 1971 il n'est pas déblocable avant 1981, alors là je fais un sacré foin, il me demande de me calmer et va me faire recevoir.

j'attends vingt minutes puis une femme très aimable me fait rentrer dans son bureau, elle m'explique que ce compte a été ouvert à mon nom le 25 Avril 1971 par transfert, il a été effectivement ouvert plus tôt mais pas sous mon patronyme, si je veux le débloquer je dois régler un pourcentage forfaitaire supérieur aux intérêts, c'est juteux pour la banque cette combine.

Gardant mon calme je me dis que je viens de faire une sacrée connerie que d'y mettre presque tout ce que j'avais sur moi, je demande donc à récupérer ce que je viens d'y déposer, impossible. Je sens monter en moi une grosse décharge d'adrénaline, la colère me gagne, je sens que je vais casser quelque chose, heureusement que je n'ai pas picolé.

J'ai envie de tout débloquer maintenant, tant pis si je perds du fric, mais c'est aussi une mauvaise combine, je vais avoir un chèque que je vais mettre sur mon compte courant à Corbeil et, tel que je vois les choses, avec Serge, Michel, Rafik et tous les profiteurs d'Evry ça va faire un déjeuner de Soleil en javas et picoles, ce serait la plus belle connerie, d'autant que quand on a tisané on ne réalise plus trop bien, vivant dans un milieu où ça sirote dur je préfère ne pas m'y résoudre.

Et puis c'est une bonne leçon, j'ai été d'accord avec Régine pour ouvrir ce compte mais je n'ai rien lu des conditions, en fait ça me servira de leçon à l'avenir. Je lui demande s'il est possible de récupérer une partie de ce que je viens de mettre, comme c'est une opération récente elle bidouille je ne sais quoi et me redonne 1000 Francs de ce que j'ai mis, c'est moi qui le veux comme çà, si je prends plus je vais dépenser plus, je connais le système à Evry.

Il est près de midi quand je ressors.

Et puis je rentrerai bien mais ça me gave de reprendre cette vie à la con, toutefois, d'un autre côté, où aller ?

Quelque part j'espérais un peu reprendre la vie de Pigalle, mon petit tour rue d'Assas m'a définitivement enlevé mes illusions, en dix ans j'ai beaucoup changé, l'aspect physique mais aussi le mental, je ne sais pas si j'accepterai ce que j'acceptais à 17/18 ans. Je doute aussi pouvoir refaire du spectacle, je suis usé, d'aspect peu attirant, ces deux années passées à jouer les aventuriers m'ont pas mal déglingué.

Et puis je n'ai pas oublié Didier, tout au fond de moi je sais que j'aurai aimé reprendre la vie avec lui, mais vu mon état du moment ! Et puis maintenant il en a un autre, je suis un peu jaloux mais c'est de ma faute.

Finalement je vais gare de Lyon, je récupère mes sacs mais laisse celui de Michel à la consigne, il le récupérera lui-même.

   

Mes boulots, La Perrotine, les ponts de paris et la merde sur roues.

Banc public.

Ou banc de gare, ce sont les mêmes, du moins à cette époque, on pouvait s'y allonger, depuis "les autres" se sont offusqués de ces "épaves" de la vie qui dormaient dessus, alors ils ont inventé des systèmes pour empêcher ceux qui n'ont rien de pouvoir s'y endormir, c'est tout ce qui leur restait. Maintenant ils dorment au sol, sur des cartons, c'est mieux pour les culs délicats qui ne supportent pas la misère qu'ils financent, du moins censé la financer. Bref.

J'arrive à Evry dans l'après-midi, Michel est rentré, il est légèrement allumé et me demande son sac, je l'envoie balader, il n'avait qu'à rester avec moi, je ne vais pas m'encombrer avec ses affaires mais je lui dis où elles sont et en sécurité.

Serge aussi est là, il n'y a rien à bouffer, rien à boire, comme d'habitude en ces fins de mois qui commencent le dix, c'est le vrai bordel dans cette baraque, Jacqueline n'en peut plus de ramasser la merde des autres, Rafik est parti bosser à sa crêperie et un autre zonard occasionnel se vautre dans le canapé, il me prend de haut quand je lui demande de dégager, c'est mon lit.

Je sens que la fin de l'année va être mouvementé, ça me gave cette galère de merde, on est de vrais clodos entassés dans ce trois pièces, je dis à Michel que me casse, il y a les mômes et ils sont prioritaires, déjà à trois squatters c'était galère mais à quatre ça devient impossible. Je file 300 balles à Jacqueline et je me casse, Michel sur mes talons.

J'irai bien chez ma mère mais la famille m'a rejeté, il n'y a qu'elle qui m'accepte, et puis je n'ai même pas pris le temps de me doucher, je commence à sentir le chacal, Michel aussi d'ailleurs mais nous deux on a l'habitude.

Finalement on retourne à Paris, avant de partir je laisse mes affaires dans un placard, je ne vais pas m'emmerder à trimbaler deux sacs de fringues douteuses, je ne garde que mes papiers et mon fric, il me reste 400 balles, en faisant attention je tiendrais quelques jours, Michel connait un mec, à Saint Lazare, qui peut nous héberger, et puis il y a des hôtels pas cher que je connais bien.

Gare de Lyon on récupère le sac à Michel, on file à Saint Lazare, il est plus de dix huit heures, ça grouille de monde et Michel va à la pêche aux pigeons, je ne sais pas comment il fait mais à peine arrivé il se lève un mec et disparait, il me laisse en plan dans un bar avec son sac, décidément ça va devenir le mien.

Par curiosité je l'ouvre, pourtant je ne fouille jamais dans les affaires des autres mais comme on vit à la colle depuis près de deux ans notre intimité permet quelques écarts. Il y a ses deux pantalons cradingues, son blazer rouge, des chaussettes puantes, des sous-vêtements pas racontables, ça cartonne dur dans ses slips aussi à lui, c'est vrai qu'on n'a pas fait de lessive depuis un moment. Parmi les siens il y en a deux à moi, je comprends pourquoi je ne les trouvais plus, on fonctionne donc pareil, on aime bien partager, surtout si ça sent un peu.

Je referme le sac, je ressors de la gare et vais à une laverie proche, c'est l'avantage des grandes villes, on a tout sous la main ouvert jusqu'à tard le soir, près des gares c'est très commode pour les voyageurs.

Je ne mets que les sous-vêtements, un des pantalons et les chaussettes à laver, il y en a assez pour remplir une petite machine, je laisse tourner et je retourne en gare, Michel y est déjà, il me demande ce que fous et je lui explique, il approuve. Il s'est fait vingt balles, pas lourd, juste une pipe rapide dans un coinceteau, pas de quoi se payer à bouffer alors je lui paye un repas dans un petit resto pas cher. Encore 100 balles de liquidé.

On retourne à la laverie, le linge est propre mais mouillé, il ne s'emmerde pas, il remet tout dans le sac, je me dis que les odeurs vont être nettement différentes, ça va renifler les catacombes avant peu de temps.

Je vais pour aller à l'hôtel quand il se lève un autre gars, là c'est pour la nuit, je le laisse en lui disant de prendre son sac et je me casse, on se donne rencard tous les jours à la gare de Lyon pour 11h00, je n'ai pas envie de rentrer à Evry.

Je retourne à la gare et je m'assois sur un banc, je regarde les gens qui me regardent aussi, de travers, pas changé, pas rasé, pas lavé, je pue la bière et le tabac, je ressemble à un clodo. Ça commence à être très clairsemé dans les rues, il faut dire qu'il est bientôt 22h00, il fait bon, ce mois d'octobre est doux, je m'allonge sur ce banc et je m'endors, je rentre dans le monde des clochards, ce que je suis devenu.

 

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Un repos pas définitif.

Je ne sais pas trop bien me situer sur cette période qui fut heureusement courte, en fait plusieurs périodes courtes à différents moments de ce passage de ma jeunesse agitée, je ne vais que décrire ce présent, les autres sont identiques.

Je me réveille en pleine nuit, l'horloge de la gare m'indique 3h17, Michel doit être resté avec son pigeon, ce doit être un bon payeur, il est rare qu'il passe la nuit, s'il était revenu il m'aurait réveillé, je suis incontournable à cet endroit.

A cette époque les SDF n'étaient pas emmerdés comme maintenant, on les tolérait tant qu'ils se tenaient tranquille, maintenant on les chasse pour aller ailleurs d'où on les chasse aussi pour aller encore ailleurs, sachant qu'ailleurs c'est nulle part autre que les endroits d'où ils se font chasser, difficile de demander à un SDF d'être optimiste quand il est en permanence rabroué, dédaigné et fuit.

Je me relève et cherche un rade pour boire un coup, un bon demi de bière en guise de petit déjeuner ferait l'affaire, à ces heures rien n'est ouvert, les tardifs ont fermé à 2h00 et les premiers n'ouvrent qu'à 5h00, à l'arrivée des premiers trains.

Comme je n'ai rien à faire, je marche, je descend jusqu'à la Madeleine puis la Concorde par la rue Royale, place Vendôme je regarde le Ritz, je me dis qu'avec mon pécule je pourrai y passer au moins un mois comme un nabab, juste savoir si on m'accepterait, il ne suffit pas d'avoir du pognon, il faut aussi le montrer, alors pour montrer qu'on a du pognon on dépense beaucoup de pognon pour montrer aux autres qu'on a du pognon, ça fait bien et puis quand on a du pognon on se fout de savoir si d'autres n'en ont pas, l'inverse est nettement différent.

Mais je m'en branle, le pognon des autres je m'en fous royalement puisqu'il n'est pas à moi et puis il n'y a que ceux qui ont toujours eu du pognon qui ne peuvent pas s'en passer, ceux qui n'en n'ont pas savent comment vivre sans fric, c'est l'avantage des crevards par rapport aux crevures.

Les crevures ce sont ceux qui fabriquent les crevards en les privant de leur fric pour s'en servir, non qu'ils en aient besoin, juste pour montrer aux crevards qu'ils sont des crevures. On dit aussi différences sociales. c'est un peu simpliste comme déduction mais c'est aussi plus facile à comprendre.

Là où je suis, en ce petit matin parisien, je m'y suis mis tout seul, toujours ce besoin de m'isoler des autres, ma délectation morose qui prend le dessus pour un temps, c'est souvent que dans ma vie j'ai eu ces instants de délice, parce que s'isoler des autres, même en étant dans une grosse merde, c'est un plaisir, la seule condition c'est de ne pas y entrainer les autres mais comme je suis célibataire je m'en fous.

Je serai bien allé aux Halles mais là non plus il n'y a plus rien, depuis que ça a déménagé à Rungis les rades ferment vers deux heures et puis c'est en plein travaux, des trous gigantesques, les anciens bars qui servaient toute la nuit ont les dents qui ont poussé comme les grues de chantier du même secteur, ils font dans le tarif de luxe, il n'y a plus de forts des halles il reste les bistrots moins sympas qui sont devenus touristiques, c'est bon le touriste, c'est un pigeon à plumer indéfiniment. 

Instinctivement je vais vers Montparnasse, c'est un quartier que je connais bien aussi et j'y connais du monde, qui plus est ça ouvre aussi de très bonne heure même si, là aussi, les chantiers sont légion, la tour a remplacé l'ancienne gare déplacée plus à l'Ouest, j'aimais bien cette ancienne gare quand j'étais môme.

Avant d'aborder la rue de Rennes je vois un café d'ouvert sur le Raspail, comme j'ai la pépie j'y entre, on me regarde de travers, ici ce n'est pas Bercy, les SDF on les accepte mal mais je m'en fous, je demande un demi de bière que je bois en tremblant un peu, cette picole qui me ravage doucement commence à me manquer de plus en plus. 

J'en reprends un autre pour être opérationnel et je paye, si je suis catalogué dans les clodos il me fait un tarif de luxe, 3,50 le demi c'est 1 Franc au-dessus du tarif, pour bien le faire chier je lui donne un billet de 100 balles, lui montrer qu'on peut être sale et peu ragoutant en ayant quand-même de quoi raquer, sans lui préciser que ce sont les derniers. 

Puis je me casse, je me dis que la société a encore un long chemin à parcourir.

A Montparnasse je me balade, il est bientôt 8h00 et je n'ai que ça à foutre, je vais dans mes rades habituels mais je freine sur les dépenses, je rentre dans celui qu'on connait bien avec Michel, le taulier est sympa et il ne chasse pas les gars, si paumés soient-il.

Je lui commande un demi et il me demande ce qui m'arrive, je ressemble à un zonard de Nanterre, je lui explique et lui dis que je cherche un petit boulot histoire de ne pas tomber complètement, comme il fait restaurant rapide le midi il me propose de faire de la plonge à condition que je m'arrange un peu, c'est d'accord.

Avant midi je vais faire un tour du côté de l'immeuble du toubib rue Delambre, je serais curieux de savoir s'il se souvient de moi, et puis si je peux lui éponger quelques biftons on ne sait jamais.  

Je passe devant mais avec ces codes de porte maintenant on ne peut plus rentrer, je vois son nom sur un clavier mais je ne sonne pas, pas la peine de foutre la merde et puis avec ce que Michel lui a tiré ce n'est pas la peine non plus de s'attirer des emmerdes.

Je vais au cimetière du Montparnasse qui est tout proche, j'aime bien me balader dans les cimetières parisiens, il y a des tombes qui ont plus de deux siècles, ça plus ma nostalgie morose du moment, pour gamberger c'est l'idéal.

Je réfléchis à ma situation, j'ai du blé mais je ne peux pas en disposer. J'ai un hébergement à Evry mais je ne m'y sens pas à l'aise. J'ai un amant mais il se prostitue pour presque rien avec du tout venant au risque de choper la ch'touille. J'ai une famille mais elle ne peut pas m'encadrer. J'ai des copains mais ils ne viennent que quand j'ai du fric. 

Il y a une chose que j'ai et que j'apprécie, je suis libre et je fais ce que veux.

Bientôt midi, je remonte à Montparnasse, n'ayant pas pu me remettre à peu près en ordre le patron me dit que ce n'est pas possible de m'employer en cuisine, s'il a un contrôle il sera dans la merde, je ne dis rien, il a raison, il m'offre un verre et me file 50 balles, comme une aumône, pas bête, tiens, ça me donne une idée, je vais faire la manche.

Comme un con j'ai loupé le rendez-vous de 11h00 à la gare de Lyon, ou plutôt rue de Lyon, c'est en face en direction de la Bastille. Je décide d'y aller, à pieds, je n'ai que ça à foutre et puis je ne sais pas pourquoi je n'ai même pas envie de chercher du boulot, c'est la première fois mais je suis bien à Paris, c'est ma matrice, c'est ma vie, Paris c'est moi, moi c'est Paris.

En passant le pont d'Austerlitz je croise Michel, il me demande ce que je fous là exactement quand je lui pose la même question, il a passé la nuit à l'hôtel, un petit qu'on connait bien à Saint Lazare, il n'est pas resté longtemps avec son mec qu'il a épongé de 50 balles, merde, c'est con il ne m'a pas vu, on aurait passé la nuit ensemble.

Il rentre à Evry par le train mais il passe par Juvisy, il y a un problème du côté de Maison-Alfort et le trafic est interrompu entre gare de Lyon et Villeneuve-Saint-Georges, il changera à Juvisy. Il me demande si je rentre avec lui, non, je reste à Paris, j'ai envie de zoner quelques temps, il fait bon pour ce mois d'octobre, j'ai besoin de faire le vide dans ma tête, de chercher autre chose, cette visite rue d'Assas m'a rendu morose, les souvenirs ressurgissent malgré moi, je déprime.

Je lui demande de me tenir informé par l'hôtel de Saint Lazare, là où on a nos habitudes, le taulier nous connait bien, on y loue souvent pour une heure de temps en temps, histoire d'éponger un gonze qui a les couilles pleines et sa femme enceinte, ou un célibataire qui s'est foulé le poignet.

 

Mes boulots, La Perrotine, les ponts de paris et la merde sur roues.
Mes boulots, La Perrotine, les ponts de paris et la merde sur roues.

Un logis aéré.

Un pont, c'est fou ce que ça peut servir, dessus comme dessous. 

Bien entendu ceux qui sont dessus ne sont pas les mêmes que ceux qui sont dessous, c'est la même société mais pas la même tranche de société.

Ce n'est pas pour responsabiliser ceux qui sont dessus que j'écris ça, c'est pour dédouaner ceux qui sont dessous, la vie réserve parfois quelques surprises, tout n'est pas qu'une question de fric, c'est aussi un mode de vie, choisi ou imposé.

Je vais à la Bastille, j'aime bien aussi ce quartier très animé et puis pour roupiller il y a un endroit où on peut accéder à la gare du métro, qui est aérienne, mais seulement la nuit.

je vais me payer un demi dans un rade, j'y vois un gars qui est sensiblement comme moi, un peu paumé, pas à jeun non plus, bref, une autre épave. Je lui paye un verre, il me reste 80 Francs, pas de quoi s'acheter une Rolls mais de quoi avaler quelques godets histoire de se dire que quand il n'y en aura plus on trouvera autre chose, quand on est dans la débine on devient plein de ressources, je connais, j'ai donné étant plus jeune.

Il a trente ans, je lui en donnais quarante cinq, mais comme je sais quels sont les pouvoirs de l'alcool je laisse couler, il me raconte sa vie de petit garçon devenu alcoolo, un autre parcours que le mien mais une finalité, il n'est pas bête mais il se mélange les pinceaux, il y a sept ans qu'il est à la rue.

Il marche au gros rouge, celui qui tache et fait des trous, dans les finances et dans l'estomac, il a un abri sous le pont d'Iéna, ils sont trois à roupiller là-dessous, ce pont je le connais, il est large, aéré, c'est silencieux, d'ailleurs les bords de seine sont silencieux en dehors des voies sur berge qui se multiplient.

Et puis ce n'est pas con, il y a les Bateaux Parisiens juste à coté, avec les touristes la manche fonctionne bien, juste rester calme et poli, même quand on se fait envoyer chier il faut dire merci, l'obséquiosité jusque dans l'insulte.

Finalement il est sympa ce mec, il n'est pas con, même si ses brumes diluent l'ordre des choses, il a un minimum d'instruction, on parle de choses et d'autres puis il m'offre un godet, mais pas de la bière, c'est trop cher, un ballon de jaja, du vin sans raisin, celui qui met trois minutes à descendre, on le sent bien passer dans le gosier.

J'en boit un, puis deux, c'est vrai que ce n'est pas cher et ça défonce aussi vite, finalement je dépense 20 balles en coups de rouge, à 80 centimes le verre on en a plus, ce qui compte finalement, chez les pochtrons, c'est la quantité, la qualité on s'en fout, se blinder au vitriol ou au Pommard le tout c'est d'oublier qu'on est là et ça coute moins cher.

On ressort de là-dedans vers dix huit heures, je commence à confondre les mots et les chiffres, c'est vrai que ça défonce dur le gros rouge à bas prix, on est passé de nos petites vies de minable à la philosophie, de comptoir bien sûr, on a parlé bagnole et politique, et on ferme nos gueules une fois dehors, histoire de concentrer le reste de lucidité à trouver le chemin de la Tour Eiffel, comme une lampe de chevet, sous un pont ce n'est pas mal non plus. (Pour ceux qui l'ignorent le pont d'Iéna relie le Champ de Mars au Trocadéro, ce n'est pas celui de la photo) 

Ne sachant où dormir je le suis, il m'invite "chez lui", sous son pont favori. A pinces, de la Bastille à Iéna il y a une sacré balade, avec la charge qu'on trimballe les embardées rallongent la route, on reste sur les quais, la Seine comme guide il y a rien de tel.

Arrivé dans son domaine je constate qu'ils se sont bien démerdés les mecs, dans le renfoncement ils ont monté une structure de bois de palettes et de cartons, il y a des couvrantes, un réchaud à gaz et des gamelles, ce n'est pas le Ritz mais c'est mieux qu'allongé sur une bouche de métro. On se retrouve à quatre la-dedans, les autres ne posent pas de question, un qui doit avoir à tout casser vingt cinq ans, et un autre qui frise la soixantaine, une "famille" de paumés, ils ne sont pas bavards.

Il est tard, on a mis un temps fou pour arriver, je n'ai plus ma montre, soit je l'ai perdu soit on me l'a piqué quand j'ai dormis sur le banc de saint Lazare, je l'avais payé cher quand je bossais aux moulin de Corbeil. 

Ma première nuit sous les ponts, ça me rappelle le temps quand j'étais livreur chez SMO, avec mon estafette j'en voyais des gars sous les ponts, ça me rebutait mais en même temps ça me faisait de la peine pour eux, je ne comprenais pas comment on pouvait en arriver là, maintenant je sais.

J'ai un peu le moral dans les chaussettes, il faut que je construise autre chose, je ne parviens pas encore à me fixer, pour peu que j'ai pu d'ailleurs me fixer un jour.

La manche ça marche fort, je ne pensais pas que les gens se montrent si compatissant envers ceux qui sont au fond du trou, mais je réalise aussi qu'on les laisse descendre dans ce trou, finalement, aider les SDF c'est les conforter à rester dans leur état, c'est ce qui coute le moins cher pour la société et puis ce ne sont plus les institutions qui se chargent des miséreux, ce sont les passants, ça arrange bien l'Etat.

C'est aussi pourquoi il y a tant d'associations, c'est plus facile de subventionner à minima une association caritative que de prendre en charge une tranche de la société qui est insauvable et pour laquelle les structures sont trop chères, les politiques ont besoins d'argent pour eux, pas pour ceux à qui ils le prennent, il y a longtemps que j'ai compris ça.

Cette expérience de la daube je l'ai vécu un petit mois, pour voir. J'ai vu.

Ma période de repos clocharde se termine.

 

Mes boulots, La Perrotine, les ponts de paris et la merde sur roues.

Seulement voilà.

Mon tempérament et ma bougeotte ne permettent pas que je m'enfonce dans la débine, les ponts c'est bien mais ça ne construit pas une vie, à 28 ans elle commence, elle ne se termine pas, du moins pas pour moi. Et puis on en sort ou on en crève.

Michel est venu plusieurs fois, il est le seul qui ne m'a pas largué, ce qui prouve que même avec ses aventures il me reste attaché, c'est lui qui me dit que le gars qui squattait chez Rafik est parti, il voudrait bien que je revienne, il me manque aussi Michel, les plaisirs solitaires quand on est de la daube ce n'est plus du plaisir, ce n'est même plus de l'hygiène, d'ailleurs, de ce côté là c'est de l'abstrait, se laver quand on est clodo ça fait partie des miracles, il y a bien l'Armée du Salut dans le treizième mais franchement de voir les conditions me répulsent, on dirait du bétail.

Et puis Serge a trouvé du boulot, il ne rentre que pour dormir. Je retourne donc à Evry, je me retape, ce n'est pas long, de soigner son apparence reste le plus apte à reprendre le fil.

Je vais à l'ANPE pour m'inscrire au chômage, on me propose un boulot à Corbeil, une entreprise de transport, j'y reste trois heures, ce ne sont pas des camions ce sont des poubelles roulantes.

Jusqu'en Janvier 1979 je fais des petits boulots merdiques au noir, un copain restaurateur de Ris, qui possède des terrains en creuse, me confie sa camionnette et je vais là bas quelques semaines, jouer les bucherons et nettoyer les alentours du moulin, c'est plein de ronce et d'arbres à couper, à la hache, ça me refait les muscles. Il y a une cabane au bord de la rivière, je vais être Robinson de la Gastrotte, petite rivière affluente de la Creuse, j'y loge, si c'est inconfortable il y a tout, Michel m'y accompagne parfois.

Ce restaurateur fait aussi café, j'y picole et j'y "travaille" aussi, je fais la connaissance d'un gars, Richard, un polonais qui est mal voyant, il descend un litre de pastis par jour, sa femme s'est barré et il se retrouve seul dans son HLM, je vais passer des semaines comme ça, entre cul et chaises, à bricoler.

Ma mère est désespérée de me voir comme ça, moi je m'en fous, ce qui conforte le comportement familial à me tenir à l'écart. J'embauche aussi chez un transporteur qui semble ne m'avoir pas déclaré d'ailleurs, Transport Neuilly à Brétigny, à moins que ce soit sous un contrat travail temporaire, j'étais inscrit dans plusieurs agences et faisait des petits contrats à droite et à gauche.

Je me souviens bien de celui-ci pour deux raisons, la première le premier jour à l'embauche. Je me présente à 7h00 du matin dans la cour de ce transporteur, je suis accueilli par un homme qui me dit d'entrée que les fromages à l'oreille ne font pas partie de la politique de la maison, ma petite boucle à l'oreille gauche semble le défriser, je ferme ma gueule, quand on a besoin de bosser on avale les couleuvres.

Il me donne un plan de chargement et les clefs d'un camion, un Renault mais je ne me rappelle plus du type sauf qu'il est douteux. Je monte à bord, j'ouvre la trappe d'accès aux éléments de contrôle, huile moteur et liquide de refroidissement, c'est OK, je fais le tour, la hayon n'est pas de la première jeunesse, la rouille un peu partout partout un petit peu, mais comme je suis nouveau on me file de la merde pour faire la merde, c'est la logique de l'embauche.

Je met le contact, rien, pas de jus. Ne connaissant pas le véhicule, ne sachant où sont les batteries, je vais voir un gars du parc pour qu'il m'informe, c'est là que le patron revient vers moi en me demandant ce qui se passe, je lui explique donc qu'il n'y a pas de courant et que je ne sais pas où sont les batteries. On fait le tour, il dégage une trappe dans laquelle sont ces fameuses batteries, il les sort avec difficulté, elles ne sont pas souvent visitées, la merde et la rouille ont solidarisé les rails de manoeuvre. Ça sort enfin, il enlève la merde qui camoufle les bouchons de remplissage et constate que les batteries sont à sec.

Il se tourne vers moi et me dit que c'est sec comme le cul d'un mouton, ce n'est pas sérieux, j'aurai dû m'assurer qu'il y avait de l'eau dans ces batteries plus tirées depuis longtemps. La moutarde commençant à me monter au nez je lui fait remarquer que j'embauche le matin même, donc je ne suis pas responsable de l'état des batteries, j'ajoute qu'il remarque plus facilement les boucles d'oreille des nouveaux embauchés que l'entretien de ses camions, je m'attend à ce qu'il m'expulse sans plus de forme quand il admet qu'effectivement je ne suis pas responsable, toutefois son attitude à mon endroit me laisser supposer que je ne vais pas faire de vieux os dans cette boite où on considère les chauffeurs comme de la merde, sans politesse ni égard. 

Enfin, après un nettoyage soigné des batteries par le mécano de la boite, qui ne doit pas être lourd payé pour négliger autant le matériel, je pars pour charger des conteneurs à roulette à Orly dans la zone de fret, j'en ai six pour huit tonnes, dont deux à livrer à Corbeil dans une usine de fabrication de pièces d'usinage de précision avant de ramener les autres à Brétigny.

Jusque là pas de problème, le hayon grince de trop de manque d'huile et d'entretien, comme le camion en fait, je roule doucement jusqu'à Corbeil près de la gare, les freins ne m'inspirent pas confiance non plus, une vraie merde ce bahut. Une fois arrivé je pousse les deux conteneurs sur le hayon, en butée sur les arrêt de sécurité pour qu'ils ne basculent pas.

Et c'est là que ça casse, un des arrêts lâche, le camion, très légèrement en pente, libère les roues du conteneur dont les freins sont HS également, ces matériels qui voyagent dans tous les pays ne sont pas entretenus non plus. Il bascule et tombe sur la route, je ne cherche même pas à le rattraper, un objet en mouvement qui pèse 1,5 tonne ne s'arrête pas devant un bonhomme, il y en a qui se sont fait tuer pour moins que çà.

Il s'explose sur la route et la rectifieuse qu'il y avait à l'intérieur en sort, rectifiée la rectifieuse, du matériel de haute précision qui coute une fortune livré comme ça ce n'est pas sérieux, déjà les coûts d'expédition comptaient énormément à cette époque.

J'ai été débauché le jour même mais le chef de quai de l'usine à pris ma défense, une petite compensation.

Ce ne sera pas la seule boite qui bosse avec de la merde en considérant les personnels comme de la merde à faire de la merde, à la FRT j'ai déjà donné. Par contre je n'ai pas ramené le camion ni ne suis retourné à la boite. Paye zéro franc, je m'en fous.

La suite dans une prochaine page.

Bonne soirée à tous.     

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P.S. On me fait reproche, gentiment bien sûr, de ne pas développer de page politique sur les élections. D'une part mes idées ne sont pas celles des autres, s'il existe une certaine catégorie d'individus qui ne supportent pas que d'autres en aient des différentes aux leurs, je considère que tout un chacun est libre de dire ce qu'il veut, quand il veut et où il veut, surtout en politique. 

Par définition je respecte tout le monde, même ceux qui sont les plus extrêmement opposés à moi, par respect pour eux et par respect de la démocratie, qui pour moi est sacrée.

Et puis on est saturé de politiques mensonges, de dissimulations, de parades médiatiques, d'entreprises de démolition, de haines, de débordements, etc., et encore, je n'ai ni télé ni radio, que doit-il en être !

Alors je m'abstiendrai d'en ajouter une couche, j'essaye de trouver de l'intéressant dans le journal local, très orienté d'ailleurs, et sur Internet, qui reste la plus fiable des sources, le peu que j'ai mis suffit et puis ça n'engage que moi.

 

Publié dans Mes boulots

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